Russia,
Train Across
The Taiga.

🇬🇧 It’s the first time I’ve crossed a border on a train. No need to get out, immigration and customs are done aboard. Luggages are briefly checked, along with my phone. A quick look through the pictures, a few questions but nothing major. I’m stamped in. It’s 1:30 a.m. and I can finally go to sleep. The four-bed cabin is spacious, especially since I’m alone. The sound and rhythm of the train put me to sleep quickly.

_DSC2383
_DSC2396
_DSC2448

It’s a 15-hour ride from Sükhbaatar to Irkutsk. The landscapes are beautiful, forests, mountains, and the famous Lake Baikal on my right. The winter scenery must be so different, so white, so cold, probably impossible to even tell the frozen lake from the shore. It’s the beginning of spring, and you can feel nature waking from winter, people tending their gardens and tidying up. I’m told it’s unusually hot, nearly 30°C, when we arrive in Irkutsk. My plan is to take a couple of days off, visit the lake, and also explore the city, the main Siberian town, dating back to historic trade routes. The train attendant from the UB–Irkutsk line helps me get my next ticket to Moscow on the mythical Trans-Siberian. Not Impossible but probably tricky without her.

_DSC2507
_DSC2534

Now I can rest and leave the bike behind to explore the city on foot. Back in Orthodox territory, I admire its gorgeous churches. I take a walk around the lake on a rainy day, hiking in the forest. At the hostel, the TV in the room is always on from 8 a.m. to 8 p.m., news channels constantly covering the current war. I recognise the TV anchor, Vladimir Solovyov, talking about “French journalist this, Macron that…” It makes me uneasy, but my roommates don’t seem to care. They’re very friendly. A young worker traveling through eastern Siberia offers me a Dagestani sword keyring, and Uncle Konya, a 75-year-old local, keeps inviting me outside for a smoke. “Frantsuzskiy, davay, cigarette!” Smoking isn’t good for your health, but it certainly helps make friends. We exchange numbers, and he invites me back next winter so we can go hunting and fishing at his log cabin in the forest, he says.

Boarding the Trans-Siberian train to Moscow, the attendants aren’t too happy about my bike, but after showing them the booking and dismantling the wheel, it’s safely stored in the luggage compartment. Everyone is satisfied. It has long been a dream of mine to take this train through Siberia, and here I am, sitting on my bed, watching the city lights pass by in the night. This will be my home for the next four nights and three days. You can tell it’s a lifeline through the Siberian taiga, forests and wetlands. People jump on and off the train. Some stops last only two minutes, the longest, about 80. I can stretch my legs, breathe fresh air, and buy a little food. I read, listen to podcasts, chat with other passengers, and sleep a lot. It’s monotonous, the endless pine and birch forests, bogs, and the steady rumble of the train.

_DSC2574
_DSC2587
_DSC2591
_DSC2615
_DSC2616

Watching the dot on the map, I can see I’m getting closer to home. The views are beautiful, but I’d love to experience it in winter, with the ice and bitter cold. Maybe one day. For now, just being here is already a huge gift, crossing the continent back to Europe overland instead of taking a plane. Four days later, at 5 a.m., the train pulls into Kazansky Station. The city is still asleep, and I am lost. My geolocation isn’t accurate, the GPS must be jammed because of the war. I’ll just have to guess my way to the hostel. While in Moscow, I take time to walk around: Red Square, Saint Basil’s Cathedral, and the subway system.

Extravagant and nicknamed “the People’s Palace,” it feels like time-travel through Russian art and history, with its richly decorated stations. Looking at the people, the fashion, and even the food, I can tell I’ve left Asia behind, I’m back on the European continent. A six-hour train ride to Saint Petersburg, followed by a seven-hour bus journey, takes me to Tallinn, Estonia. At the Ivangorod–Narva border, two castles face each other across the river, with European and Ukrainian flags flying on the western side. One month ago, I left Shanghai. Now I’m back in Europe, fast and slow at the same time. Roughly 3,000 km, a few ferries, and I’ll be home for summer.

_DSC2635
_DSC2650
_DSC2672
_DSC2684
_DSC2725

Russie.
À Travers
La Taïga
En Train.

🇫🇷  C’est la première fois que je traverse une frontière en train. Pas besoin de descendre, immigration et douane se font à bord. Les bagages sont brièvement contrôlés, ainsi que mon téléphone. Un rapide coup d’œil aux photos, quelques questions mais rien de sérieux. Mon passeport est tamponné. Il est 1h30 du matin et je peux enfin dormir. La cabine de quatre couchettes est spacieuse, surtout que je suis seul. Le bruit et le rythme du train m’endorment rapidement.

_DSC2730
_DSC2737

Le trajet dure quinze heures, de Sükhbaatar à Irkoutsk. Les paysages sont magnifiques, forêts, montagnes, et le célèbre lac Baïkal sur ma droite. L’hiver doit être tellement différent : si blanc, si froid, au point de ne même plus distinguer le lac gelé de la rive. C’est le début du printemps et on sent la nature sortir de l’hiver, les gens s’occupant de leurs jardins. On me dit qu’il fait exceptionnellement chaud, près de 30 °C, quand nous arrivons à Irkoutsk. Le plan est de prendre quelques jours de repos, d’aller voir le lac et d’explorer aussi la ville, la principale cité sibérienne dont l’histoire remonte aux anciennes routes commerciales. L’agent du train Oulan-Bator–Irkoutsk m’aide à acheter mon prochain billet pour Moscou sur le mythique Transsibérien. Pas impossible sans elle mais difficile je pense. Un sourire et elle repars.

_DSC2750
_DSC2773
_DSC2786

Je peux enfin me reposer et laisser le vélo pour découvrir la ville à pied. De retour en territoire orthodoxe, j’admire ses magnifiques églises. Je me promène autour du lac un jour de pluie et randonne dans la forêt. À l’auberge, la télévision de la chambre reste allumée du matinal soir, sur une chaîne d’info couvrant en continu la guerre en cours. Je reconnais le présentateur, Vladimir Solovyov, répétant « journaliste français ceci, Macron cela… ». Ça me met mal à l’aise, mais mes compagnons de chambré n’y prêtent aucune attention. Ils sont très amicaux. Un jeune ouvrier en déplacement en Sibérie  m’offre un porte-clés en forme de sabre du Daghestan, et l’oncle Konya, un local de 75 ans, ne cesse de m’inviter dehors pour fumer. « Frantsuzskiy, davay, cigarette ! » Fumer n’est pas bon pour la santé, mais ça a le mérite se faire des amis. Nous échangeons nos numéros, et il m’invite à revenir l’hiver prochain pour aller chasser et pêcher dans sa cabane en bois, en pleine forêt, dit-il.

À l’embarquement dans le Transsibérien pour Moscou, les agents ne sont pas super contents de voir mon vélo, mais après leur avoir montré la réservation et démonté la roue, il est rangé en sécurité dans le compartiment à bagages. Tout le monde est satisfait. Ç fait longtemps que je rêve de prendre ce train à travers la Sibérie, et me voilà, assis sur ma couchette, regardant défiler les lumières de la ville dans la nuit. Ce sera ma maison pour les quatre prochaines nuits et trois jours. On comprend vite que c’est une véritable ligne de vie à travers la taïga sibérienne, faite de forêts et de marécages. Des passagers montent et descendent sans cesse. Certaines haltes durent deux minutes seulement, la plus longue environ quatre-vingts. J’en profite pour me dégourdir les jambes, respirer l’air frais et acheter un peu de nourriture. Je lis, j’écoute des podcasts, je discute avec d’autres voyageurs, et je dors beaucoup. C’est monotone : les forêts infinies de pins et de bouleaux, les tourbières, et le roulement continu du train.

_DSC2803
_DSC2814
_DSC2819
_DSC2850
_DSC2866

En suivant le point sur la carte, je vois que je me rapproche de l’Europe. Les paysages sont splendides, mais j’aimerais vraiment les vivre en hiver, avec la glace et le froid mordant. Peut-être un jour. Pour l’instant, être ici est déjà un immense privilège, traverser le continent pour rentrer en Europe par la terre, au lieu de prendre l’avion. Quatre jours plus tard, à 5 h du matin, le train entre en gare de Kazansky. La ville dort encore, et je suis perdu. Ma géolocalisation n’est pas précise : le GPS doit être brouillé à cause de la guerre. Je devrai trouver mon chemin vers l’auberge à tâtons . À Moscou, je prends le temps de me promener, la place Rouge, la cathédrale Saint-Basile, et le métro.

Extravagant, surnommé « le Palais du peuple », il donne l’impression de voyager dans le temps à travers l’art et l’histoire russes, avec ses stations richement décorées. En observant les gens, la mode, et même la nourriture, je comprends que j’ai quitté l’Asie, je suis de retour sur le continent européen. Un train de six heures pour Saint-Pétersbourg, puis un trajet en bus de sept heures, me mènent à Tallinn, en Estonie. À la frontière d’Ivangorod–Narva, deux châteaux se font face, séparés par le fleuve, avec des drapeaux européens et ukrainiens flottant du côté occidental. Il y a un mois, je quittais Shanghai. Me voilà de retour en Europe, à la fois vite et super lent. Encore environ 3 000 km, quelques ferries, et je serai à la maison pour l’été.

_DSC2919
_DSC2978
_DSC3053
_DSC3060
_DSC3077
_DSC3114
_DSC3129
_DSC3142
_DSC3156
_DSC3201
_DSC3239
_DSC3257
_DSC3259
_DSC3339
_DSC3354
_DSC3458
_DSC3490
_DSC3518
_DSC3521
_DSC3529
_DSC3565
_DSC3573
_DSC3682
_DSC3706
_DSC3813
_DSC3890
_DSC3855
_DSC3919
_DSC3990

Selected Works